L’intensité du documentaire expérimental Restless Stones est bouillonnante. Troublant, profondément captivant, sans cesse en recherche et délibérément fragmenté. En octobre 2015, le Parti des Travailleurs Kurde (PKK) ainsi que la jeunesse Kurde insurgée proclament l’autonomie de certaines villes-clés du Kurdistan du Nord. La répression militaire de l’armée turque qui s’en est suivie fut brutale, menant à plusieurs mois de guérilla urbaine mortelle. Dix ans plus tard, après la décision historique du PKK de déposer les armes, Ellen Vermeulen revisite quelques minutes d’images brutes filmées avec son téléphone au cœur du conflit en 2015, entremêlées d’images enregistrées par des locaux et des jeunes rebelles Kurdes. En disséquant l’iconographie du conflit – rixes urbaines, processions funéraires, portraits de martyrs de guerre – Restless Stones nous confronte à des questions difficiles : comment des jeunes hommes et femmes arrivent au point de considérer le martyr comme une voie enviable ? Comment la violence continue-t-elle à résonner à travers la vie des gens, même après de nombreuses années ? Les images sont examinées à maintes reprises, visionnées au ralenti, agrandies jusqu'à ce qu'il ne reste plus que des pixels, dans une tentative pressante mais redoutable de trouver des réponses.
« Mon besoin de voir, de me rapprocher toujours davantage, de réduire la distance, a fini par dissoudre l’image. Plus je zoomais, plus les pixels eux-mêmes devenaient visibles. Ils ne montrent plus de détails, mais des aplats. Ils révèlent le moment où l’image dit : « jusqu’ici, et pas plus loin ». Le pixel est la tesselle de l’image numérique : un fragment minuscule et indivisible, où le tout n’est plus reconnaissable. Agrandis à l’extrême, les pixels forment une grille, des plages de gris. Mais tout procédé stylistique comporte sa part de risque. »
Ellen Vermeulen









